...........là,
tard dans la nuit, au tour d'une table,
sous un éclairage blafarde, plombé bas,
nous rappelant les cieux brumeux de novembre,
on boit...
A la main le verre à moitié vide,
le verbe titubant, happant la nicotine,
et aux lèvres ce vin de campagne
que l'on boit
pur, car,
par ce chez nous on dit de lui:
"Qu'il pleure quand on le coupe".
Ce vin qui est,
en ces soirées-là non moins que ses convives,
plaisant et cassant, rouge au sang gros, lourd,
ou alors blanc au tanin clair jaune- or
comme les aubes froides d'hiver
des marécages de la plaine.
"Amabile".
C'est ce que disent de lui les anciens.
Qu'il soit des collines ou de la plaine,
mais toujours
caillouteux, plantureux,
pétillant,
capiteux gorgé de soleil...
Soirées interminables ou vite,
par plaisir, aphones on boit,
et c'est lui,
le vin,
la voix cassante,
qui palabre à refaire le monde...
